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En crise, Snapchat supprime 20 % de ses effectifs

En crise, Snapchat supprime 20 % de ses effectifs


Le groupe veut faire 500 millions de dollars d’économie. Il subit de plein fouet la crise de la publicité digitale.

Après Amazon, Microsoft ou Apple, c’est au tour de Snap Inc. de supprimer des postes. La maison mère du réseau social Snapchat va licencier 20 % de ses effectifs, environ 1 200 de ses 6 400 employés. Une coupe franche qui doit permettre à la société de survivre au ralentissement de la publicité numérique. Dans une note rendue publique jeudi, le PDG du groupe, Evan Spiegel, explique vouloir économiser 500 millions de dollars ce trimestre. Un recalibrage applaudi à Wall Street, l’action a grimpé de 7 % en milieu de séance. Elle a tout de même perdu 85 % cette année. Dans la grande réorganisation qui s’annonce, deux services vont être particulièrement touchés. D’abord, les développeurs dédiés à la création de petits jeux au sein de l’application. Ensuite, l’équipe chargée du matériel comme leurs lunettes de réalité augmentée. Une réduction d’effectifs côté produit qui suit l’annonce de la fin du développement de leur drone Pixy. Evan Spiegel a invoqué« une redéfinition plus large des priorités et des ressources de l’entreprise », pour expliquer la courte vie du projet.

Le média Axios révèle qu’en parallèle de ces licenciements, Snapchat subit une fuite des talents. Deux dirigeants de haut vol viennent d’être débauchés par Netflix pour diriger sa nouvelle offre de streaming avec publicité. Il s’agit de Jeremi Gorman, le directeur commercial de Snapchat depuis 2018, et de Peter Naylor, le vice-président des ventes publicitaires du réseau en Amérique du Nord et du Sud. La suppression des effectifs de Snap Inc. est aussi brutale que leur croissance fut rapide. En mars 2020, la firme ne comptait que 3 400 employés. Boostée par la pandémie et l’augmentation du temps passé sur les écrans, la société a dû recruter à tour de bras. Les effectifs ont également été gonflés par l’acquisition de WaveOptics. En mai 2021, la start-up spécialisée dans les verres pour lunettes connectées a été achetée pour 500 millions de dollars. La plus grosse acquisition de l’histoire du petit fantôme.

Une version premium lancée en juin

Malheureusement pour Snapchat, les problèmes se sont accumulés depuis la fin de la pandémie. Le temps passé à surfer sur le net et sur les réseaux sociaux a nettement été réduit. À cela, s’est ajoutée la guerre en Ukraine. Elle a marqué le début d’une période d’incertitude et le retour de l’inflation. Deux facteurs qui mettent à mal le marché de la publicité numérique. Des annonceurs qui représentent pour l’instant le gros des revenus du réseau social Snapchat. À ce coup de froid du marché de la pub, il faut ajouter les effets délétères de l’App Tracking Transparency (ATT) d’Apple. Depuis avril 2021, les iPhone permettent à leurs utilisateurs d’accepter ou de refuser le pistage à des fins publicitaires. Sans surprise, le nombre de personnes acceptant de transmettre leurs données n’est pas très élevé.

Les investissements que nous avons réalisés dans notre entreprise jusqu’à présent supposaient un taux de croissance des revenus plus élevé

Evan Spiegel, PDG de Snap Inc.

Une étude de MediaPost parue en mai montre qu’environ seulement 25 % des utilisateurs donnent leur consentement. Sans ces données, il est plus difficile de cibler le profil des utilisateurs, la publicité est donc vendue moins cher. Depuis le mois de novembre, le groupe d’Evan Spiegel visé par une plainte de ses actionnaires. Il est accusé d’avoir « minimisé » l’impact potentiel de l’ATT sur les revenus du groupe. Snapchat paye cher sa forte dépendance à la publicité numérique. Sa base d’utilisateurs est en croissance permanente, au deuxième trimestre 2022, il en comptait 347 millions, une croissance de 18 % sur un an. Cette expansion ne se lit pas dans les comptes. Son chiffre d’affaires atteint 1,1 milliard de dollars (+ 13 %) sur la période, moins qu’espéré. « Les investissements que nous avons réalisés dans notre entreprise jusqu’à présent supposaient un taux de croissance des revenus plus élevé », explique Evan Spiegel. Pour réduire son exposition, le groupe nourrit beaucoup d’espoirs pour son offre par abonnement Snapchat+. Lancée en juin, la version premium est déjà utilisée par 1 million de personnes.

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