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Avec une facture d’électricité « aussi chère qu’un loyer », ils ont dû changer de fournisseurs

Avec une facture d’électricité « aussi chère qu’un loyer », ils ont dû changer de fournisseurs


Ces derniers mois, des Français ont vu leur facture d’électricité s’envoler. Une flambée due aux hausses enregistrées sur le marché de gros, où le prix du mégawattheure a atteint cet été les 1.000 euros, dix fois plus qu’en septembre 2021. Or c’est là que les fournisseurs alternatifs achètent leur électricité, avant de la revendre à leurs clients. Quand le marché est bas, ils peuvent afficher des prix très attractifs. Mais comme ils ne sont pas producteurs, quand le marché est haut, leurs tarifs suivent les courbes.

Les clients d’EDF sont, eux, au tarif réglementé. Idem pour ceux de Engie ou d’entreprises locales de distribution pour le gaz. Ce sont eux qui bénéficient du fameux bouclier tarifaire qui a permis de limiter la hausse à 4 % cette année. Elisabeth Borne a indiqué que ce dispositif serait prorogé l’an prochain pour les ménages. Au lieu de voir le prix grimper de 120 % en 2023, il n’augmentera « que » de 15 %.

Un plafonnement de la majoration qui ne concernera donc pas les fournisseurs alternatifs d’électricité. Si certains essaient de s’aligner, d’autres multiplient parfois leurs tarifs par deux. C’est ce qu’a vécu il y a peu Johanna, qui vit seule avec son fils dans un petit T2 de 30 m2. « Je n’ai ni congélateur, ni sèche linge, et je ne me sers pas du four très souvent. La facture est passée de 68 euros par mois à 156 euros. Et avec une régule à payer de 395 euros en janvier ! À ce rythme-là, je vais bientôt payer plus cher d’électricité que de loyer », déplore cette maman qui a répondu à notre appel à témoignages.

Elle n’est pas la seule à avoir pris cette hausse de plein fouet. Jeannette a fait « quasi tous les fournisseurs pour avoir des prix intéressants ». Celui qu’elle avait retenu lui faisait payer 70 euros par mois pour le gaz, mais un récent mail lui a appris que désormais ce serait 350 euros. « Et pour l’électricité, c’est guère mieux. Les temps vont être de plus en plus durs malheureusement », relève-t-elle.

Retour au tarif régulé pour certains

Certains fournisseurs alternatifs ont annoncé la couleur, poussant leurs clients à regarder de plus près les tarifs pratiqués ailleurs. Ronald était chez Cdiscount Énergie. « Lorsqu’ils m’ont annoncé que le prix de ma facture mensuelle allait grimper de 70 %, j’ai cherché un nouveau fournisseur. Sauf que le prix le moins cher que j’ai trouvé était déjà de 15 euros de plus par mois par rapport à ce que je paie actuellement. Si d’ici quelques jours, je ne trouve pas un fournisseur qui m’offre un meilleur prix, je me tournerai probablement vers EDF pour m’assurer, au moins on sait que ses tarifs sont régulés directement par l’Etat », explique-t-il.

Comme lui, avec la crise énergétique, ils sont nombreux à s’être de nouveau tourné vers le fournisseur, et producteur, historique. Après avoir perdu durant de nombreuses années des clients attirés par des tarifs attractifs lors de l’ouverture à la concurrence il y a quinze ans, EDF voit revenir des consommateurs qui veulent à nouveau de la stabilité, même à courte échéance, avec les tarifs réglementés.

Maë-line était chez Engie. Mais ses mensualités ont fait un bond, passant de 65 à 108 euros, « dont l’abonnement, passé de 15 a plus de 50 euros ». « Nous venons de changer pour le tarif bleu d’EDF à 70 euros par mois et éviter d’autres mauvaises surprises », espère-t-elle.

Aurélien, a aussi peu goûté de voir écrit en tout petit des changements lors du renouvellement de son contrat avec Engie. « En regardant bien l’annexe, le tarif du kWh faisait quasiment le triple de l’ancien. Autant dire, que bien qu’ayant une consommation modeste pour une grande maison (environ 4 kWh par an), ce n’était pas du tout de mon goût. Du coup je suis parti au plus avantageux et je n’hésiterai pas à changer du jour au lendemain en fonction des prix s’il y a de grosses évolutions tarifaires. Toutefois je pense m’abstenir d’aller sur de petits opérateurs au vu de ce qu’il se passe actuellement. »

Comme chez Ohm Energie, qui fait depuis début septembre l’objet d’une enquête de la Commission de régulation de l’énergie. Les lecteurs sont nombreux à pointer les pratiques de ce fournisseur alternatif, qui n’a par exemple fourni aucune explication à Ludivine quand elle les a sollicités pour savoir pourquoi la douloureuse reçue en août grimpait de 75 à 117 euros. « Aujourd’hui, je suis passée chez Total Energie pour le même tarif, 76 euros. En espérant et en croisant les doigts que cela ne change pas… Sinon on retourne à la bougie », plaisante-t-elle.

Iberdrola ne fait pas rire ses clients

Si elle a eu la possibilité de tourner le dos à son fournisseur, d’autres n’ont pas eu le choix. Arrivé en 2019 sur le marché français, l’Espagnol Iberdrola n’a pas fait rire ses clients au cœur de l’été lorsqu’il leur a envoyé un courrier leur indiquant qu’il les remerciait… En mettant fin à leur contrat. Siven a fait partie des malheureux destinataires. « Sur les comparatifs, le fournisseur Alpiq me paraissait compétitif. J’ai souscrit tout de suite. Une semaine plus tard, j’ai eu la mauvaise surprise de voir mon inscription annulée à cause d’une erreur technique. Plus tard au téléphone on m’a appris qu’en fait Alpiq ne prenait plus de nouveau client. J’ai décidé de passer chez EDF, mais impossible de les avoir au téléphone. Au final, je suis repassé chez Total Energie où j’étais client en 2018 sous le nom de Direct Energie », raconte celui qui a vécu un véritable parcours du combattant.

Ce mercredi, Elisabeth Borne a affirmé que le gouvernement n’était pas dupe, sachant pertinemment que « certains spéculent sur la crise ». A l’heure où l’inflation entame le budget des Français, la Première ministre a expliqué que l’Etat comptait bien agir contre ceux qui se risquent à faire des bénéfices grâce à l’électricité sur le dos des consommateurs. Une volonté que Philippe, un des lecteurs de 20 Minutes, partage. « On ne peut que souhaiter que le gendarme de l’énergie mette fin à ces méthodes de girouettes, trompeuses et défiant la confiance des clients. » En attendant, il propose une alternative à tous ces fournisseurs : « L’installation de panneaux photovoltaïques avec une bonne gestion des usages est un bon investissement avec un retour possible sur 10 ans ».

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