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Avec The Merge, Ethereum veut s’affranchir d’une blockchain trop énergivore

Avec The Merge, Ethereum veut s'affranchir d’une blockchain trop énergivore


Pour Ethereum, la fusion (“the merge” en anglais) est imminente. Cette blockchain va abandonner le minage et ainsi drastiquement réduire sa consommation énergétique, créant des opportunités de développement en phase avec les enjeux environnementaux de notre temps. Décryptage.

The Merge, ou “la fusion” en bon français, est une étape majeure pour la blockchain Ethereum et le monde des cryptomonnaies — puisque le grand public la connaît surtout pour l’ether. Ce passage à l’ETH 2.0, très attendu par la cryptosphère, cache plus qu’une simple mise à jour. Pour cause, le mode de consensus d’Ethereum va évoluer du Proof of Work vers le Proof of Stake. Ainsi, en lieu et place de la “preuve de travail”, mécanisme similaire à celui du Bitcoin qui s’appuie sur des mineurs pour valider les transactions, Ethereum va passer à la “preuve d’enjeu” et n’aura plus besoin que de validateurs pour assurer le fonctionnement du réseau.

“C’est une étape très attendue parce que c’est la première fois qu’un réseau aussi gros et établi change d’algorithme de consensus en cours de route. Lors du lancement d’Ethereum, la technologie de Proof of Work était la plus éprouvée, c’était logique d’aller dessus. Mais dès 2016, l’idée d’un changement s’est imposée dans la communauté et certains l’attendent depuis 2017, ce qui explique aussi le très fort intérêt pour cette fusion” remarque Claire Bavla, directrice blockchains et cryptos chez KPMG France.

Une “fusion” qui aura pour première conséquence de réduire drastiquement les besoins en énergie de la blockchain, comme s’en félicitent des associations telles que Greenpeace qui militent pour un changement de modèle vers le Proof of Stake. D’un coup de baguette magique — façon de parler —, Ethereum va consommer 99 % d’énergie en moins.

Cela semble trop beau pour être vrai et, pourtant, le chiffre est réaliste. “Ce chiffre avancé par la communauté est probablement assez proche de la réalité, étant donné que les mineurs vont disparaître de ce protocole. Ethereum aura quand même besoin d’un peu d’énergie pour fonctionner, mais les validateurs n’auront besoin que d’un ordinateur rudimentaire. Un Raspberry Pi avec un espace disque de 2 To peut faire l’affaire, ce qui revient à faire tourner un petit serveur domestique”, nous explique Grégory Raymond, cofondateur et rédacteur en chef de The Big Whale, média spécialisé dans le Web3.

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Guillaume Henri, journaliste à la rubrique informatique des Numériques confirme : “En gros, on va passer de rigs [plateformes de minage, NDLR] qui peuvent consommer plusieurs milliers de watts à des ordinateurs basiques qui consomment juste 30 watts. La seule différence, c’est qu’il faudra s’assurer d’être en ligne en permanence pour ne pas risquer de perdre sa récompense, donc disposer d’un onduleur en cas de coupure de courant”.

Vers un réseau plus centralisé ?

À ne pas éluder, non plus, la nécessité pour les validateurs de mettre sous séquestre 32 ethers afin de pouvoir participer à la validation des blocs. Ce qui n’est pas une mince affaire avec un ether à plus de 1 500 €. Il faudra donc engager près de 50 000 € pour entrer dans le système, là où avec le Proof of Work, n’importe quelle machine pouvait potentiellement participer (même si pour avoir une chance de toucher une récompense, il devenait nécessaire d’engager de plus en plus de puissance de calcul — et donc dépenser de plus en plus d’énergie. Pour certains experts, c’est un problème puisqu’Ethereum va devenir plus centralisé.

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“The Merge génère plusieurs craintes. Celle de bugs techniques, d’abord. Même s’il y a déjà plus de 400 000 validateurs et que Beacon tourne déjà en parallèle sur la Proof of Stake, il n’y a jamais de certitude à 100 % que tout ira bien. Mais les plus fortes craintes portent sur la gouvernance du réseau et sa centralisation. Elles sont légitimes dans la mesure où les gros validateurs, ceux qui ont beaucoup de liquidités, comme les plateformes d’échange, pourraient bénéficier d’une forme d’hégémonie et que leur autorégulation reste l’une des interrogations. C’est un saut dans l’inconnu d’aller sur une technologie qui peut offrir à quelques acteurs des seuils de domination importants”, nous explique Claire Balva qui évoque des craintes liées à d’éventuelles censures des validateurs, ce qui va moralement à l’encontre de l’idéologie des blockchains et n’est jamais bien accepté.

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Mais alors, que vont devenir les mineurs et tout leur matériel ? Indéniablement, certains risquent d’abandonner et il est possible que l’on retrouve des stocks de cartes graphiques sur le marché d’occasion. Pour autant, les mineurs ne deviendront pas tous inutiles.

“Les mineurs qui utilisent des cartes graphiques pourront miner sur d’autres protocoles (Ethereum Classic par exemple) où la preuve de travail est toujours en fonction [Ce sera aussi le cas de ceux équipés en ASIC, NDLR]. On peut même entrevoir un avenir pour eux sur Ethereum 2.0, car les métavers qui se construiront dessus auront besoin de ressources graphiques”, complète Grégory Raymond qui explique que “Ethereum doit davantage être vu comme un ordinateur mondial sur lequel on peut développer des applications décentralisées. Sa cryptomonnaie, l’ether, peut être vue comme le carburant pour les utiliser”.

Une orientation que The Merge devrait davantage valoriser, en levant les freins de développeurs et d’investisseurs qui restaient spectateurs pour respecter leurs engagements éthiques et écologiques.

Une fusion qui arrive au meilleur moment et crée de nouvelles opportunités

Cela fait plusieurs années qu’Ethereum travaille sur ce changement, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il arrive à point nommé, c’est-à-dire avant l’hiver, dans un contexte d’incertitude et alors que le marché de l’énergie explose. Vu d’ici, c’est une opportunité de développement énorme pour l’Ethereum face aux autres cryptomonnaies.

“The Merge tombe à pic, c’est vrai. Jusqu’à présent de nombreuses grandes entreprises refusaient d’utiliser Ethereum en raison de leurs engagements en faveur du développement durable. Cela a notamment offert un créneau à des protocoles concurrents comme Tezos, dont le principal argument se concentrait sur le respect de l’environnement. Celui-ci ne sera donc plus valable et les blockchains alternatives devront innover sur d’autres caractéristiques” indique le cofondateur de The Big Whale.

“J’ai vu de grandes entreprises être frileuses vis-à-vis de la blockchain, car elles ont une pression juridique, sociale ou culturelle pour éviter des technologies qui ne sont pas sobres d’un point de vue écologique. Ces verrous vont sauter, car l’écosystème très riche d’Ethereum va se réconcilier avec des critères environnementaux de plus en plus demandés” constate la spécialiste en cryptos de KPMG.

“J’ai aussi vu beaucoup de greenwashing de la part de blockchains créées sans véritable volonté écolo, mais qui ont vu que l’argument vert fonctionnait très bien avec les grands comptes, parfois avec des discours marketing très étonnants. Désormais, elles vont devoir trouver d’autres relais”, ajoute-t-elle.

Pour se démarquer, les alternatives pourraient notamment se concentrer sur le volume, la capacité de traitement, comme le font des acteurs tels que Solana ou Avalanche, même s’il sera difficile pour eux de concurrencer Ethereum avec lequel ils cherchent toujours à avoir une excellente connectivité. La responsabilité environnementale ne pourra quoi qu’il en soit plus être leur seul argument.

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